Mine de Rien

Mine de Rien

Mine de Rien est une sorte de journal intime ou de petite chronique décousue d'un vieux crayon à papier, original, sensible et loquace. Celui-ci relate avec humour les événements heureux et malheureux qui arrivent à sa Maîtresse (entendez par-là sa patronne) alors en pleine séparation Il se laissera toucher par la détresse de son amie et mènera en parallèle avec elle, tout un chemin de conversion…

Au-delà de la polémique du bien-fondé d'un divorce ou d'une non-validité de mariage religieux (souvent mal comprise), ce livre veut témoigner de l'importance du pardon au cœur des plus grandes blessures.

Je suis vieux, poussiéreux, je sens terriblement le sapin… et je n'en suis toujours qu'à la première lettre de l'alphabet de mon dictionnaire jauni. Je suis un passionné pétri de A, transpirant de A, souvent dégoulinant. Les mots alpha et amour m'ont donné toute ma vie une soif de rivière asséchée ou de navire échoué, une de ces soifs qu'on ne ressent qu'au désert du A. Ne vous inquiétez pas, le docteur m'a certifié que je n'étais pas diabétique. Non, je suis juste éthique… et cela donne la pépie aussi… Une maladie de plus en plus rare, à ce qu'il paraît…

Je creuse tout le temps ! C'est éreintant ! Je n'aurais jamais dû goûter au dictionnaire. Il a fait de moi une sorte de nomade volontaire aux travaux forcés, un forcené de la cervelle. Je creuse, oui, je creuse inlassablement… Et j'ai trop souvent la vilaine impression que mes pensées deviennent fosses… A force de cogiter, chicoter, ressasser, ruminer, turlupiner, tarabuster et tarabiscoter et taratata, j'ai attrapé des biscotos costauds au cerveau. Je suis un accro du culturisme cérébral. Mais je n'ai toujours pas trouvé de réponse à mes questions essentielles et ma soif est de plus en plus ardente. J'en crève. Le désert du A me semble sans fin…Il faut que je fasse vite. A voir ma taille physique, je sais bien que je n'en ai plus pour très longtemps. Je diminue chaque jour, un peu comme le soleil qui darde désespérément ses derniers rayons sur les glaces rosies du pôle avant l'interminable hiver. Sauf que moi, je n'ai jamais brillé… Crayon, je suis d'accord de finir rongé, je me suis fait une raison, mais alors par une noble soif, une soif tout emplie de vérité et de beauté. J'aimerais tellement grandir encore… réellement… Parce que vieillir en grandissant, ça ne fait plus peur… Je souhaiterais mourir grand… "Arrête de fumer le lichen, m'ont dit les copains Riment-à-rien, un crayon ça meurt précisément quand ça devient trop petit et que ça n'a plus rien à donner.". Je m'en fiche, je veux mourir grand quand même. Le pire, ce serait de finir comme une feuille de papier vierge… plate, vide, muette, stérile. Car moi, j'ai l'étoffe d'un sapin, peut-être même d'un mélèze ! Je suis fait pour les hauteurs, là où la tête peut goûter le bleu du ciel et se rire des nuages ! Il me faut du relief, de la perspective, du brut, du vrai. Les tempêtes cruelles de la montagne ne me font pas peur, elles vérifient la profondeur de mes racines. Oui ! Je veux prendre de la belle altitude. Tant pis si je deviens tout tordu et tout tourmenté à force de lutter contre les intempéries de l'existence ! En me voyant, au moins, on dira : "Il s'est bien battu…".